Mandat "Voyage au bout de la nuit"

L'ARVe, en collaboration avec la géographe et DJ Marie-Avril Berthet et la sociologue Eva Nada, a réalisé pendant l'été 2010 une étude sur la vie nocturne, sur mandat du département de la Culture de la Ville de Genève.

L'étude a été réalisée sur un périmètre fonctionnel du point de vue de la vie nocturne, indépendant des limites administratives usuelles. En effet, le territoire investigué, défini au cours de la recherche, était composé d'un périmètre restreint (Ville de Genève et Carouge) où une étude sytématique a été menée, et d'un périmètre élargi (communes limitrophes du périmètre restreint), où l'approche mise en oeuvre a été ciblée sur quelques endroits.

L'étude est composée de deux volets : Une première partie quantitative comportant un inventaire des types de lieux nocturnes existants et l'analyse des réponses d'un questionnaire distribué à 464 noctambules dans les divers lieux nocturnes recensés précédemment. La seconde partie, qualitative consiste en une analyse de points de vue donnés par des producteurs (tenanciers de lieux, artistes, associations, etc.) et régulateurs (membres de l’administration, îlotiers, etc.) des nuits genevoises, collectés à travers la tenue d'entretiens. Cette étude réalisée sur 3 mois a fait ressortir de nombreux chiffres permettant de documenter et d’analyser la situation de la vie nocturne actuelle à Genève.

Sur la base principalement de littérature produite en Angleterre, et en prenant en compte les particularités du contexte genevois, nous avons défini des types de lieux nocturnes en fonction de différentes caractéristiques comme les horaires d'ouverture, le mode de fonctionnement (lucratif ou non-lucratif) ou encore la spécialisation de ces lieux.

Au niveau des résultats, et en ce qui concerne le recensement des lieux nocturnes, on peut tout d'abord noter que Genève abrite 358, respectivment 345 lieux de vie nocturne selon que l'on considère le périmètre d'étude élargi ou restreint. Ces lieux, qui ont été reportés sur une carte sont composés à environ 80% de bars, 15% de night clubs et moins de 3% de lieux alternatifs. En outre, la répartition de ces lieux sur le territoire se révèle particulièrement inégale, allant d'une densité de 70 établissements au km2 pour l'hypercentre (Pâquis et Vieille-ville) à 13 établissements au km2 pour la première couronne urbaine (1202, 1203, 1205, 1207, 1227).

Au niveau des noctambules, il est tout d'abord important de s'arrêter sur les raisons qui les motivent à sortir. On voit en effet que la recherche de lien social est prépondérante, les buts de soirée « voir des amis », « faire des rencontres amicales » et « draguer » représentant 50% des réponses. Viennent ensuite l'attrait pour le divertissement autour de la musique (15% pour « écouter de la musique » et « danser »), et la consommation d'alcool ou de stupéfiants (15%). Ce résultat fait écho au soulèvement actuel de la jeunesse genevoise , qui se mobilise parce que l'on lui enlève un espace de socialisation qui apparaît comme nécessaire pour trouver un équilibre dans la société actuelle. A ce propos les réponses données à la question « Que représente la vie nocturne pour vous » sont particulièrement explicites.

Au niveau de la satisfaction des noctambules, on voit que 75% d'entre eux se déclarent satisfaits ou très satisfaits de l'ambiance festive estivale, cependant ce pourcentage tombe à moins de 20% en hiver, montrant donc un net problème de saisonnalité dans l'offre de soirées. L'étude montre également que 94% des noctambules trouvent qu'il manque de lieux de sortie à Genève, la plupart souhaitant plus de lieux alternatifs (31%), ce qui paraît logique au regard des 3% de ce type de lieux recensés. Confirmant ceci, le lieu cité le plus souvent – et de loin – comme lieu préféré des noctambules est l'Usine, et ce quelque soit la catégorie socio-professionnelle des sondés.

Enfin, les entretiens avec les producteurs et les régulateurs du monde de la nuit mettent en évidence de manière claire des problèmes croissants dans l'exercice de leur profession et dans le déroulement de la vie nocturne, notamment la cherté des loyers empêchant de pratiquer des prix bas, l'augmentation contraignante des normes de sécurité, la problématique des horaires de fermeture ainsi que celle des nuisances sonores, ou encore le manque de reconnaissance dont souffre le monde de la nuit en général.

Cette recherche, pionnière à Genève et à laquelle l'ARV est fière d'avoir pu contribuer, a nécessité plus de 1'000 heures de travail pendant l'été, dont plus de 75% fournies par des membres de notre association.

Pour en savoir plus sur cette recherche, nous vous invitons à consulter le rapport d'étude complet ci-dessous, ainsi que la présentation donnée lors de la conférence de presse du 19 octobre.

Plusieurs médias rebondissent sur les résultats de notre enquête:

Le Courrier - Les Genevois manquent de lieux alternatifs

Le Temps - La Genève nocturne au rapport

La Tribune de Genève - Genève regorge de lieux de sortie, mais trop chers

TSR - Couleurs Locales - résumé de l'actualité romande.  19-10-2010

Podcast Radio Cité du 19-10-2010 / Radio Cité Soir 18h-19h (min: 21:17)

RSR - Enquête sur la vie nocturne de la Ville de Genève

20 minutes - Les lieux alternatifs et festifs manquent

Fichiers